Même si la pensée abstraite est une valeur incroyable pour prendre des décisions sages, elle est très sous-évaluée. Que ce soit dans le travail ou dans la vie.

La pensée abstraite c’est notre capacité de comprendre des concepts complexes qui ne reposent pas directement sur nos sens physiques. Une telle pensée se repose sur notre capacité à maintenir des cadres et des modèles dans notre esprit sur comment fonctionne le monde. La capacité à la pensée abstraite est nécessaire pour comprendre ce monde. Car il devient de plus en plus complexe et digitalisé. C’est un monde où nos sens physiques ne sont plus suffisants pour nous mener dans la bonne direction.

La clé de la pensée abstraite vient de la métacognition. Soit notre capacité à comprendre nos propres processus mentaux. A son tour, la métacognition incarne l’essence de la pensée abstraite car nous ne pouvons pas observer avec nos sens nos processus mentaux. On doit se reposer sur des abstractions (des modèles de nos processus mentaux) pour comprendre comment nous nous sentons et comment nous pensons.

Cultiver notre métacognition représente un super moyen de développer la pensée abstraite.

Développer la métacognition pour renforcer la pensée abstraite

Avez-vous déjà été dans une situation où vous receviez une critique constructive ? Elle peut être bien formulée ou un peu brute et peut venir de votre patron, un client, un collègue, un coach. Qu’est-ce que vous a dit votre instinct à ce moment-là ? Est-ce qu’il vous disait d’être agressif et de répondre en hurlant ? Ou au contraire, est-ce qu’il vous disait de vous baisser et vous désengager ? Ou peut-être encore, il vous poussait à vous mettre les doigts dans l’oreille et crier “lalalala” pour ne pas entendre ce qu’on avait à vous dire.

Combattre, figer ou fuir

Les scientifiques comportementaux appellent ces trois types de réponses le “combattre, figer ou fuir”. Ca s’appelle les 3F en anglais : “fight, freeze, or flight”. Vous en avez peut-être entendu parler sous le nom de réponse du tigre à dents de sabre. Ca signifie que notre cerveau a évolué pour faire face aux menaces dans notre environnement de savane ancestral. Cette réponse provient d’une part plus ancienne de notre cerveau (l’amygdale) qui est développée tôt dans notre processus d’évolution.

Combattre, figer ou fuir forme une part centrale de l’un des deux systèmes de pensée qui, grosso modo, déterminent nos processus mentaux. Ce n’est pas le vieux modèle freudien du ça, de l’ego et du surmoi, qui a été laissé de côté par des recherches récentes.

L’un des principaux chercheurs dans ce domaine est Daniel Kahneman. Il a remporté le prix Nobel pour ses recherches sur l’économie comportementale. Il appelle les deux systèmes de pensée Système 1 et 2. Mais je pense que « système de pilote automatique » et « système intentionnel » décrivent ces systèmes plus clairement.

Développer notre métacognition implique l’internalisation de ces deux systèmes dans notre manière de penser à propos de nous-même et nos propres processus mentaux. En faisant ça, on développe également notre pensée abstraite en pensant de manière abstrait à notre propre pensée.

Le système autopilot correspond à nos émotions et intuitions. C’est là qu’on reçoit la réponse combattre, figer ou fuir. Ce système guide nos habitudes quotidiennes. Il nous aide à prendre des décisions rapides. Et il nous permet de réagir instantanément aux situations dangereuses de vie ou de mort.

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Combattre ou fuir dans la vie moderne

Autrefois elle nous aidait à survivre. La réponse combattre ou fuir n’est pas la réponse idéale dans plusieurs aspects de la vie moderne. On a beaucoup de petits stress qui ne menacent pas notre vie. Mais le système autopilot les traites comme des tigres à dents de sabre. En faisant ça, ça produit une expérience de vie stressante complètement non nécessaire qui va saper notre bien-être mental et physique.

De plus, les jugements instantanés résultant des intuitions et des émotions semblent généralement « vrais » précisément parce qu’ils sont rapides et puissants. Et nous nous sentons très à l’aise lorsque nous les suivons. Les décisions découlant de nos réactions intestinales sont souvent justes, en particulier dans des situations qui ressemblent à l’ancienne savane.

Malheureusement, dans la plupart des cas, elles sont erronées puisque dans notre environnement moderne il y a beaucoup d’éléments qui ne ressemblent pas à la savane. Et avec les disruptions technologiques qui continuent, nos bureaux du futur ne ressembleront pas à notre environnement ancestral. Le système de pilote automatique nous égarera donc de plus en plus de manière systématique et prévisible.

Les groupes sociaux modernes

Le système intentionnel reflète la pensée rationnelle et se concentre autour du cortex préfrontal. C’est la partie du cerveau qui a évolué plus récemment. Selon des recherches récentes, il s’est développé lorsque les humains ont commencé à vivre au sein de groupes sociaux plus larges. Ce système de pensée nous aide à gérer des activités mentales plus complexes, telles que la gestion des relations individuelles et de groupe, le raisonnement logique, la pensée abstraite, l’évaluation des probabilités et l’apprentissage de nouvelles informations, compétences et habitudes.

Alors que le système automatique ne nécessite aucun effort conscient pour fonctionner, le système intentionnel nécessite un effort délibéré pour se mettre en marche. Et c’est mentalement fatigant. Heureusement, avec suffisamment de motivation et une formation appropriée, le système intentionnel peut s’allumer dans des situations où le système de pilote automatique est enclin à faire des erreurs systématiques et prévisibles.

La métacognition intentionnelle et la pensée abstraite intentionnelle

Une métacognition efficace consiste à résoudre les problèmes causés par nos systèmes de pilote automatique. Vous devez identifier les domaines où cela ne va pas. Ce qui implique de vous abstraire de vos propres émotions et intuitions. Vous devez reconnaître que vos émotions, même si elles se sentent bien, vous mentiront souvent. Comme dans l’exemple de la critique constructive.

Vous avez besoin également d’être capable de gérer vos propres émotions et de les entraîner à être plus alignés à votre réalité. Tant la reconnaissance que la formation reposent sur le système intentionnel. En renforçant la capacité de votre système intentionnel à guider votre système de pilote automatique, vous développerez vos capacités métacognitives et votre pensée abstraite.

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Nous ne sommes pas totalement des penseurs rationnels

Nous avons tendance à nous considérer comme des penseurs rationnels, utilisant généralement le système intentionnel. Ce n’est malheureusement pas le cas.

Le système de pilote automatique a été comparé par des spécialistes de ce sujet à un éléphant. C’est de loin le plus puissant et le plus prédominant des deux systèmes. Nos émotions peuvent souvent submerger notre rationalité. De plus, notre intuition et nos habitudes dominent la majorité de notre vie. Nous sommes généralement en mode pilote automatique. Ce n’est pas du tout une mauvaise chose. Car il serait mentalement épuisant de réfléchir à chacune de nos actions et décisions.

Le système intentionnel est comme le cavalier de l’éléphant. Il peut guider l’éléphant délibérément dans une direction qui correspond à nos objectifs réels. Certes, la partie du cerveau de l’éléphant est énorme et lourde, lente à tourner et à changer, et se heurte aux menaces. Mais nous pouvons entraîner l’éléphant. Votre cavalier peut devenir un chuchoteur d’éléphant. Au fil du temps, vous pouvez utiliser le système intentionnel pour modifier vos schémas de pensée, de sentiment et de comportement automatiques afin d’éviter de dangereuses erreurs de jugement.

C’est totalement contre-intuitif

C’est crucial de reconnaître que ces deux systèmes de pensée sont contre-intuitifs. Ils ne correspondent pas à notre perception de soi consciente. Notre esprit se sent comme un tout cohérent. Malheureusement, cette perception propre est simplement un mythe confortable qui nous aide à passer la journée.

La première fois que j’ai découvert ça, ça m’a bluffé. Ca prend un peu de temps d’incorporer cette réalisation à notre modèle mental de nous-même et des autres. En d’autres mots, comment vous percevez que votre esprit fonctionne. Spoiler alert : vous n’êtes pas qui vous pensez être. La partie consciente et réfléchie de vous-même est comme un petit cavalier au-dessus de cet énorme éléphant d’émotions et d’intuitions.

Vous voulez voir à quoi ressemble la tension entre le système autopilot et le système intentionnel dans la vraie vie ? Réfléchissez à la dernière fois que votre boss, client ou autre vous a donné une critique constructive. A quel point c’était facile d’écouter et d’ingérer l’information ? Plutôt que vous défendre vous et votre travail ? Cette tension est que vous utilisez votre volonté pour amener le système intentionnel à passer outre les envies du système de pilote automatique.

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Le cas d’une dispute

Un autre exemple. Considérez la dernière dispute que vous avez eu. Est-ce que cette dispute a réglé des problèmes ? Avez-vous réussi à convaincre l’autre personne ?

Je serais assez surprise si ça l’avait fait. Les arguments ne mènent généralement à rien de bénéfique. Souvent, même si nous gagnons la dispute, nous finissons par nuire aux relations qui nous tiennent à cœur. C’est comme vous couper le nez pour contrarier votre visage. Une mauvaise idée tout autour.

En regardant en arrière, vous regrettez sûrement la dispute que vous avez lancé. Si c’est le cas, pourquoi l’avez-vous commencée ? C’est l’ancienne réponse de combat qui vient au premier plan. Sans que vous vous en rendiez compte. Il n’est pas immédiatement évident qu’une réponse de combat vous fera du mal sur la route. Ainsi, vous avez laissé l’éléphant devenir voyou, et il a frappé partout.

Que ce soit dans un cadre personnel ou professionnel, laisser l’éléphant en liberté. C’est comme le laisser entrer dans un magasin de porcelaine. La vaisselle cassée sera le moindre de vos problèmes. Les érudits utilisent « akrasie » pour désigner de telles situations où nous agissons contre notre meilleur jugement. En d’autres termes, nous agissons de manière irrationnelle, définie dans la science du comportement comme allant à l’encontre de nos propres objectifs d’auto-réflexion.

Et si mon instinct m’aidait à prendre de bonnes décisions ?

Il est sage de se méfier des déclarations absolues. La recherche montre que dans certains cas, les réactions intestinales (comprenez vos trippes) peuvent être utiles dans les contextes de prise de décision. En d’autres termes, il n’est pas forcément irrationnel de suivre votre instinct. Développer vos compétences métacognitives implique d’apprendre quand aller avec votre instinct peut être une meilleure idée et quand ce n’est pas le cas.

Par exemple, une grande expérience sur un sujet pour lequel vous obtenez des commentaires rapides et précis sur vos jugements peut permettre à vos intuitions de capter des signaux précieux et subtils que des mesures plus objectives peuvent ne pas discerner. Nos intuitions sont bonnes pour apprendre les modèles. Et un retour immédiat sur notre prise de décision nous aide à développer une expertise de haute qualité en améliorant la reconnaissance des modèles.

Les relations professionnelles

Autre exemple : si vous entretenez une relation professionnelle de longue date avec une personne et que vous ressentez des réactions négatives à propos de son comportement dans un nouveau départ business, il est temps de vérifier les petits caractères. L’environnement de la savane nous faisait vivre dans des tribus où nous devions nous fier à nos réactions instinctives pour évaluer les autres membres de la tribu.

Cependant, n’adhérez pas au mythe selon lequel vous pouvez distinguer les mensonges des vérités. Des études montrent que nous sommes très mauvais pour distinguer les mensonges des déclarations exactes. En fait, les recherches de Charles Bond Jr et Bella DePaul montrent qu’en moyenne, nous ne détectons que 54% des mensonges. Une statistique choquante étant donné que nous obtiendrions cinquante pour cent si nous utilisions le hasard.

Dans l’ensemble, ce n’est jamais une bonne idée de suivre votre instinct. Même dans les cas où vous pensez pouvoir vous fier à vos intuitions, il est préférable d’utiliser votre instinct comme un simple signe d’alerte d’un danger potentiel. Et du coup d’évaluer la situation de manière analytique.

Par exemple, la personne avec qui vous entretenez une longue relation professionnelle vient peut-être de recevoir de mauvaises nouvelles au sujet de sa famille. Et son comportement a amené votre instinct à mal interpréter la situation. Votre vaste expérience dans un sujet donné pourrait vous ruiner si le contexte du marché change autour de vous et que vous vous retrouvez à utiliser vos anciennes intuitions dans un environnement différent, comme un poisson hors de l’eau.

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Conclusion sur la pensée abstraite

Pour survivre et prospérer dans le monde moderne, vous devez développer votre pensée abstraite. Soit la capacité de penser au monde à travers des cadres et des modèles. Pour ça, vous devez cultiver votre métacognition, qui est la capacité de comprendre et de gérer efficacement vos propres processus mentaux : vos pensées et vos sentiments.

La clé pour ce faire implique le cadre de pensée abstraite du système de pilote automatique et du système intentionnel. Vous devez vous abstraire des émotions et des intuitions de votre système de pilote automatique existant, reconnaître et saisir quand elles vous mènent dans la mauvaise direction, et les entraîner à vous conduire dans la bonne direction au lieu d’utiliser votre système intentionnel.

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